Pendant longtemps, le Cohiba a été l'objet de convoitises inassouvies. Fabriqué en petites quantités. Ie "cigare de Fidel" était réservé aux proches du comandante en jefe. C'était le cadeau qu'il offrait volontiers à Houari Boumediene ou à Hailé Mengistu Mariam, ses amis du tiers-monde militant. Signe des temps, Fidel ne fume plus et ce ne sont pas les leaders révolutionnaires, mais les vedettes d'Hollywood et les banquiers qui ont été invités pour fêter les trente ans du puro le plus célèbre de Cuba.
Habanos S. A., l'entreprise cubaine chargée de la commercialisation des havanes, a convié plus de cinq cents amateurs de cigares, dont Arnold Schwarzenegger et Jack Nicholson, à l'anniversaire du Cohiba. Les festivités, qui s'étendront sur une dizaine de jours, seront couronnées par un dîner de gala au Tropicana, le cabaret le plus réputé de l'île. En sus des 500dollars par tête pour les mets et les vins français, les convives seront invités à acquérir, aux enchères, trois boîtes de cigares dédicacées par le Lider maximo.
Les amateurs peu pressés pourront flâner dans les vegas (plantations) de la province occidentale de Pinar del Rio, où les feuilles utilisées pour la confection des Cohiba sont soigneusement sélectionnées. Une visite de la manufacture El Laguito, dont les portes s'ouvrent rarement aux étrangers, est même prévue, avec dégustation à la clef. Nichée dans une noble demeure un peu décrépie de Cubanacan, à l'ouest de La Havane, El Laguito rassemble les meilleurs torcedores (cigariers) de Cuba.
Ce sont des femmes qui roulent les Lanceros, les Coronas Especiales, les Esplendidos, les plus récents Siglos, lancés en 1992 à l'occasion du cinq centième anniversaire de la découverte des Amériques, et tous les autres cigares portant l'appellation Cohiba. Bagué d'une simple bande orange et noire à points - la vitole -, le Cohiba a pour sigle une tête d'lndien stylisé, pour rappeler qu'il tire son nom de ces cigares rustiques que fumaient les Tainos, indigènes qui peuplaient les îles caraibes avant le débarquement des conquistadors. Selon Eduardo Rivero, le créateur du Cohiba, c'est Célia Sanchez, compagne et confidente de Fidel Castro, aujourd'hui disparue, qui a choisi le nom de l'illustre cigare.
Outre la sélection minutieuse des tabacs, la qualité du Cohiba est assurée par une troisième fermentation, une de plus que les autres havanes. Selon les connaisseurs, cette ultime fermentation élimine les produits nitrés désagréables au goût et garantit une meilleure homogénéité du tabac. Après la désorganisation de la " période spéciale ", qui s'est traduite par une baisse de la production et de la qualité, le havane redevient une des sources importantes de devises. Soixante-dix millions de puros ont été exportés en 1996 et les autorités espèrent arriver cette année à cent millions d'unités, soit autant de dollars de recettes. Une nouvelle marque, Cuaba, a été lancée fin 1996 pour tenter de reconquérir le marché anglais, jadis grand consommateur de cigares cubains.
Rançon du succès, la contrefaçon des havanes s'est beaucoup développée ces dernières années. A Saint­Domingue, Julio Perez Gonzalez, un faussaire d'origine espagnole, a même pignon sur rue. Face à la cathédrale, il a installé une boutique où il écoule ses boîtes de faux Cohiba aux touristes non avertis.

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